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Reboiser en permaculture

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Quelques constats

Comme je le dénonçais dans l’article “1 million qui dit mieux“, les campagnes de reboisement se succèdent et force est de constater que la forêt ne domine pas en Tunisie. Certaines forêts artificielles comme celle de la bande côtière avant Bizerte sont bien implantées et malgré le recours à des essences exotiques à certains endroits comme les eucalyptus ou les acacias inermes, on peut dire que les objectifs sont atteints. Cet exemple est loin d’être représentatif du bilan de la majorité des campagnes, partout en Tunisie.

J’ai observé deux types principaux d’échecs:

1/ Une majorité des arbres plantés meurt avant 5 ans, les survivants demeurent chétifs et ne remplissent pas pleinement leurs fonctions écologiques.

2/ Les arbres s’implantent bien mais ils subissent les actes destructeurs des populations: abattage pour le charbon, le fourrage, la mise en culture… 

Dans les deux cas cela témoigne d’un défaut d’appréciation du contexte holistique.

Définir l'écosystème du projet

Il s’agit de repérer tout ce qui est lié au projet d’une manière ou d’une autre. La nature, nous compris, fonctionne en systèmes où rien n’existe indépendamment du système auquel il appartient, lui-même appartenant à un système plus vaste. Autrement dit, tout est interdépendant: lorsque j’agis sur un élément, d’autres réagissent également. Il convient donc de bien cerner les systèmes ou les éléments impliqués dans l’action de reboisement. Classiquement, il y aura:

  • la ou les personnes qui mène(nt) la campagne
  • l’écosystème naturel touché par la campagne
  • les populations qui vivent sur ou aux alentours du territoire impacté
  • les pouvoirs publics: mairie, ministère, gouvernorat…
  • les financeurs s’ils n’appartiennent pas aux autres systèmes déjà cités

Tout ceci permet de savoir qui prend les décisions, qui peut influer et dans quelle mesure ces décisions, et ainsi les limites de ce sur quoi on va agir exactement vont se dessiner. 
On va aussi mieux prendre conscience :

  • des influences réciproques: qu’est-ce que nos actes vont influencer et qu’est-ce qui va influencer notre système. 
  • des ressources disponibles: personnes, moyens matériels et financiers.
  • des ressources nécessaires au maintient des objectifs dans le temps.
A travers ce processus, on veille à inclure toutes les parties prenantes, comme par exemple, des personnes qui ne prennent pas forcément les décisions mais qui peuvent entraver leur application, ou des petits systèmes, pouvant paraître insignifiant, mais qui assurent néanmoins un rôle.  Mieux on arrive à inclure les décideurs et les parties impactées, plus on a de chances de voir les décisions bien appliquées et respectées. Chaque système impliqué peut poursuivre des buts différents. L’écosystème du projet vise à inclure, à prendre en compte chaque but afin d’obtenir au mieux l’adhésion et le concours de tous, au minimum de bien cerner les forces en jeu.
L’écosystème du projet comprend:
  • les influences extérieures
  • les jeux de relations à l’intérieur du projet
Dans le cadre d’une campagne de reboisement, plusieurs cas de figures peuvent se présenter. Dans certains cas, le reboisement peut avoir pour principal objectif de régénérer un paysage dégradé. Dans d’autres cas, le reboisement sera orienté pour soutenir des activités économiques: bois d’oeuvre, fourrages, plantes médicinales, activités touristiques… Les relations en jeu vont aussi différer selon les personnes ou organismes impliqués. 
Certains se disent sûrement ” c’est trop compliqué et trop long de concilier tout le monde!” Oui mais c’est payant et c’est pas toujours aussi fastidieux qu’on le pense. Aussi, il ne s’agit pas forcément de réunir tout le monde autour d’une table. A tout le moins il s’agit de bien cerner le tableau dans son ensemble pour pouvoir ajuster au mieux son plan. 
 

Dans quel état est la nature?

Quelle que soit la nature du projet, il s’inscrit dans un territoire sur lequel il aura forcément un impact. Dans le cas d’un reboisement, le lien au territoire est direct. Mais le territoire, ce n’est pas seulement la nature sauvage, c’est aussi les communautés humaines qui habitent ou dépendent du lieu. Dans cette phase de bilan, on s’intéressera à la fois à l’état du paysage et à l’état des communautés. 

Pour faire un état des lieux du paysage, on regarde l’état des cycles naturels. Mais avant de faire ces bilans, révisons un peu le fonctionnement des écosystèmes.

Fonctionnement des écosystèmes naturels

Le macro climat conditionne un optimum de fonctionnement de ces cycles, exprimé par la forme climacique de l’écosystème pour cette zone. On appelle ce climax un biome. Par exemple, en milieu tempéré, l’écosystème dans lequel la nature fait le maximum possible c’est la forêt. Faire le maximum, ça veut dire: utiliser au mieux l’énergie solaire pour supporter le plus de formes de vie en interdépendance, le plus longtemps. En milieu semi-aride, c’est la savane arborée, telle qu’on peut la trouver dans le parc Bouhedma. 

Pour arriver à cet optimum, un écosystème passe par différentes phases, avant de décliner, formant un cycle en général à long terme, de naissance-évolution-maturité-mort. Chaque phase abrite son cortège floristique et faunistique qui préparent l’aboutissement au stade climax (écosystème mature). Entre le stade de naissance et d’évolution, on trouve des plantes capables de supporter les conditions les plus difficiles, car les cycles naturels de l’eau et des nutriments sont dysfonctionnels: 

  • Le sol en grande partie nu, est sec, compacté, la vie du sol est inopérante la plupart du temps. La matière organique est fragmentée mais pas décomposée en humus. 
  • Le cycle de l’eau est court, l’eau interagit très peu avec le paysage. La pluie quitte le terrain où elle tombe très rapidement: l’essentiel de l’eau ruisselle, créant de l’érosion, des inondations…

Les plantes pionnières améliorent peu à peu les conditions du milieux. Plus les conditions sont difficiles, plus c’est lent et plus c’est fragile: la dégradation peut s’accentuer facilement, jusqu’au point où la Nature n’arrive plus à se régénérer par les mécanismes habituels. 

Lorsque les cycles naturels s’améliorent, des plantes plus évoluées peuvent prendre place, des plantes qui fabriquent une matière organique de meilleure qualité, qui entretiennent des relations plus complexes et plus diverses, car l’écosystème peut soutenir plus de biodiversité. Ainsi, plus de vie crée plus de vie jusqu’au climax. 

Evaluer le milieu

Savoir évaluer un milieu, c’est l’une des choses sur lesquelles j’insiste dans les cours de permaculture. Cela occupe aussi une grande part de l’étude que je propose dans le cadre des accompagnements de projet. Voici les questions auxquelles je réponds lorsque j’envisage un aménagement:

1/ Quel est ou pourrait être l’écosystème climacique dans ce climat?

Pour y répondre, j’observe, je fais des recherches.

2/ Quelle stratégie la Nature emploie-t-elle pour y arriver? 

Pour y répondre, j’analyse le fruit des recherches et des observations

3/ A quel stade du cycle vers ce climax en est-on ?

Pour y répondre, je fais des relevés de terrain, encore des observations et je pose des bilans.

Je fais de même concernant les communautés. J’essaie de retrouver les formes d’organisation sociale qui ont permis aux populations locales d’assurer leur survie sans compromettre celle des générations futures. D’en dégager les principes universels sur lesquels leurs stratégies ont reposés. Je fais un état des lieux de la situation actuelle en essayant d’identifier les principaux dysfonctionnements sociaux, de comprendre l’histoire qui a conduit à eux. Je fais les liens avec la situation du paysage. 

Alors bien que je ne sois ni historienne, ni sociologue, ni écologue, la compréhension du monde que me donne la permaculture me permet tout de même de relever les schémas, d’identifier les systèmes et les principales relations. C’est plus qu’il n’en faut pour s’éviter les erreurs les plus grossières, qui pourtant continuent à être commises. 

 

Élaborer un plan d'actions

Avant de poser la moindre action, la synthèse du contexte exploré dans la définition de l’écosystème du projet répondra à « Quels sont les besoins et objectifs auxquels répond le reboisement », et ceci en conciliant les besoins et objectifs de toutes les parties prenantes. La réponse formule la VISION du projet.

Le reboisement interviendra la plupart du temps en contexte de dégradation, aussi les stratégies que j’expose sont valables pour la vision suivante : « recréer les écosystèmes climaciques ».

Identifier les schémas qui vont soutenir nos actions

La permaculture nous invite à nous appuyer sur les schémas de fonctionnement de la nature (patterns) pour élaborer un plan d’aménagement. En partant des solutions qui marchent dans la Nature nous mettons toutes les chances de notre côté pour atteindre nos objectifs.

Commençons par les principaux schémas génératifs qui soutiennent les systèmes naturels et qui s’appliquent également aux communautés humaines inscrites dans la soutenabilité :

  • La diversité : les écosystèmes naturels rassemblent des éléments différents, aux fonctions différentes.
  • L’interdépendance : ces éléments variés sont connectés par des relations d’interdépendance telles que la symbiose, la prédation, le commensalisme et le parasitisme. Les relations créent le système et lui donnent sa résilience.
  • Le holisme : le fonctionnement en système donne des effets induits par la combinaison des éléments, c’est à dire par le tout. Chacun des éléments pris à part ne peut produire ces effets.
  • La multiplicité : la Nature a toujours un plan B. Plusieurs éléments opèrent la même fonction. Il y plusieurs façon d’obtenir le même résultat.
  • La spirale : c’est le mouvement de l’agradation qui donne la cohésion.
  • La créativité : malgré le nombre limité d’éléments de base sur Terre, le vivant et le non vivant prennent des formes illimitées, qui répondent parfaitement à un contexte donné.
  • L’autogestion : un plan bien conçu n’a pas besoin de tout spécifier. Il pose des règles de bases, des éléments coordonnés pour déclencher une suite cohérente mue par sa propre inertie.

Voyons maintenant quels schémas peuvent répondre plus particulièrement à une action de reforestation. Certains schémas seront sûrement repris des observations sur l’écosystème de référence.

Partons d’objectifs fonctionnels :

  • Accumuler : nous aurons certainement besoin de constituer des stocks de différentes ressources comme des semences, de la matière organique, de l’eau, de l’argent, des ressources humaines. Comment la Nature fait-elle pour accumuler ? On peut penser aux trous et autres creux, aux barrages, aux différences de potentiels…
  • Stocker : une fois les ressources amassées, nous devrons en stocker certaines pour un usage différé. Par exemple le sol est un réservoir de stockage de beaucoup de ressources : les semences, l’eau, les nutriments…
  • Multiplier : nous n’aurons peut-être pas pu collecter toutes les ressources nécessaires, on pourra alors voir comment multiplier celles que nous avons déjà. La Nature a tout un tas de techniques de multiplication, certaines bien connues des jardiniers.
  • Disperser : on n’est peut-être pas obligé d’intervenir sur tout l’espace. On peut peut-être s’appuyer sur les schémas de dispersion pour propager ce que l’on aura fait à plus petite échelle.
  • Distribuer : répartir les ressources, les énergies.
  • Augmenter l’effet : on peut intervenir de façon à augmenter les effets de petites actions. Il y a quelques schémas très pertinents comme : l’effet bordure (la rencontre entre deux milieux différents en crée un troisième plus riche, plus productif), la tâche (partir d’un point plus facile et rayonner)…

Ensuite il y aura des schémas liés particulièrement au contexte comme :

  • La succession végétale : s’appuyer sur les communautés de plantes existantes ou à réintroduire pour faciliter l’évolution vers la forêt.
  • La phytosociologie : respecter les ensembles et les complémentarités.

Et puis les schémas liés aux dynamiques humaines :

  • La coopération : les humains sont des êtres sociaux naturellement fait pour coopérer vers une vision commune
  • L’inclusion : dès que des personnes ou des groupes se sentent inconsidérés, sans place, les comportements asociaux apparaissent
  • La responsabilisation : redonner à chacun son pouvoir créatif

Grâce à cette liste non exhaustive, on voit déjà se profiler les axes stratégiques qui vont ensuite orienter les choix techniques. En procédant ainsi, les chances d’être à côté de la plaque diminuent sévèrement, car on part de la racine.

Bien souvent, on fait le contraire : on recherche une technique alors qu’on ne sait pas vraiment quel est le problème et d’où il vient.

On peut maintenant aborder avec beaucoup plus de facilité les angles stratégiques du plan.  

 

Côté Nature

1/ Le design de l’eau

La stratégie de fond applique le principe « ralentir – infiltrer – distribuer ». Cela signifie diminuer drastiquement l’érosion, permettre à l’eau de s’infiltrer de façon homogène dans le sol. Pour réhydrater le paysage de façon durable.

Et on pourrait s’en tenir là et laisser la Nature s’auto-régénérer simplement en donnant plus de chances à ce qui est déjà présent. Le sol est une banque de semences locales, et normalement il y a assez de stocks pour plusieurs générations.

Bien sûr, même si on accélère ainsi les processus, le retour au climax se fera sur une échelle de temps de peut-être 20 ou 30 ans voire plus selon le climat. D’un autre côté, on aura une résilience maximale et un taux de réussite très important car tout ce qui aura poussé l’aura fait seul à la faveur des conditions climatiques locales et quasiment sans assistance. 

Et on aura reboisé sans planter un seul arbre!

2/Cycle des nutriments

Une fois que l’eau est réglée, les autres cycles peuvent à leur tour être stimulés. Le cycle complexifié des nutriments fait intervenir la Vie du sol. C’est cet écosystème qui permet le stockage des nutriments sous forme d’humus, qui permet d’améliorer la structure et la fertilité, ainsi que la rétention de l’eau dans la couche du sol facilement accessible aux plantes. La stratégie de fond consistera à fournir les besoins de la vie du sol toute l’année si possible, à savoir: 

  • un habitat: ombre et fraîcheur
  • de la nourriture: litière couvrant le sol
  • de l’eau: un sol suffisamment humide
 Cette stratégie peut aussi s’accompagner d’un ensemencement avec les maillons essentiels de cette vie du sol: un cocktail de bactéries, dont celles qui s’associent avec les racines pour fixer l’azote de l’air, ainsi qu’un cocktail de champignons mycorhiziens qui eux aussi se fixent aux racines.
 

3/Succession végétale

Selon l’état de dégradation, implanter les plantes du stade climacique mènera à un taux d’échec important, encore plus si on se contente d’une seule espèce plantée. Comme dit plus haut, une forêt est un système complexe, ce n’est pas juste des arbres mis côte à côte.
La stratégie principale consistera à accélérer la succession pour mettre en place les conditions favorables aux plantes du climax. En général ces plantes demandent des cycles de l’eau et des nutriments fonctionnels, de l’ombrage et des protections pour les jeunes plants d’arbres assurés souvent par des buissons épineux. Si possible on s’appuiera principalement sur les plantes locales. Cette stratégie demande d’avoir identifié les espèces clés du cortège floristique, ce sont celles que nous implanterons éventuellement en priorité. 

4/Les animaux

La plupart du temps les animaux reviennent seuls occuper leur niche écologique. En Tunisie, beaucoup de grands animaux, herbivores ou prédateurs ont disparu. Si les conditions le permettent, des réintroductions peuvent être envisagées. Là aussi, on veillera à respecter le stade de l’écosystème: introduire des grands herbivores si la prairie (ou la savane) est dégradée, ou s’ils ne peuvent trouver refuge dans le bois mènera à l’échec, sans parler du contexte humain.  Si des maillons essentiels à certains objectifs sont absents, on pourra favoriser leur venues en créant des habitats ou alors introduire des individus ou des colonies. On peut penser dans les milieux arides aux chauves souris qui aident à enrichir le sol, à disperser des graines et réguler les insectes et pour lesquelles on peut aménager des habitats.

Côté communauté

Le facteur humain est l’élément déterminant de la réussite du programme. On peut avoir les bonnes stratégies et techniques concernant la nature et quand même échouer à cause du facteur humain. Dans certains cas, on devra accepter de cheminer plus lentement afin de concilier les personnes impliquées ou de leur permettre d’évoluer dans leurs pratiques ou leurs visions. Tout comme les écosystèmes naturels, les communautés ont aussi un cycle. Une communauté “dégradée” où les individus ne peuvent exprimer leurs pleins potentiels ne pourra pas supporter certaines démarches soutenables. 

On a vu les schémas qui permettent aux communautés d’exprimer leurs potentiels. Les contextes sont tellement variés qu’il est assez difficile de donner des pistes applicables partout. On peut raisonnablement avancer quelques stratégies:

  • Information et transparence: définir une vision claire et consensuelle, puis rendre accessible à toutes les personnes de l’écosystème l’information concernant le projet. 
  • Education: proposer des parcours éducatifs soit pour inciter aux actions, pour favoriser le respect des actions, s’approprier des outils de gouvernance inclusifs. 
  • Inclusion: favoriser l’expression et la participation 

Dernière étape du plan, choisir les techniques

Une technique est un geste qui répond à un contexte très précis. Elle correspond à la rencontre entre le terrain et les acteurs des mises en oeuvre. C’est pour cela que pour une même stratégie, on peut trouver des techniques différentes, et également tout un tas de variantes d’une même technique. Cette diversité est justement le reflet de l’unicité de chaque combinaison “”terrain/acteurs”, et de la créativité qui en émane. 
C’est pourquoi je vais lister quelques techniques, qui viennent en amont de toute plantation éventuelle, simplement à titre d’exemple. Dès lors qu’on a bien compris les mécanismes, les logiques, les techniques deviennent évidentes et peuvent s’exprimer de façon créative pour répondre en totale adéquation avec le contexte holistique. 
 

Le Keyline Design

Développé par l’australien Percival Yeomans dans les années 60, le Keyline Design est adapté pour un travail à l’échelle d’un bassin versant. A l’aide d’une charrue spécifique, il permet d’intervenir assez passivement sur les cycles de l’eau et des nutriments. En effet, la charrue de Keyline fend la terre selon un axe défini, ce qui permet l’infiltration homogène de l’eau ainsi que l’accumulation de matières organiques et d’argiles. Avec cette technique, on peut répondre à plusieurs objectifs stratégiques en même temps. Le Keyline design permet de concevoir tout l’aménagement hydraulique, comprenant par exemple des retenues caulinaires.
 

Les barrages de pierres

Il y a plusieurs variantes qui visent toutes à régénérer le cycle de l’eau en freinant sa course destructrice. Que ce soit des cordons de pierres sur des coteaux arides peu végétalisés ou dans des ravines, ces techniques sont efficaces et privilégiée dans les endroits où les pierres sont abondantes. De la même manière, ces barrières vont également piéger les matières organiques. Les barrages étant plus ou moins espacés, la répartition sur le territoire est moins homogène qu’avec le Keyline design. 
 

Les cuvettes

Les cuvettes, autour des plantes principales, ou sous forme de fossé horizontaux, permettent de concentrer eaux et matières organiques. Comme les barrages, la répartition est moins homogène sur l’ensemble du territoire.
 
Les techniques qui concentrent les ressources relèvent du schéma de la tâche: on va régénérer plus vite un coin particulier à partir duquel on pourra rayonner. 
Par ces exemples, je veux montrer qu’il est primordial de démarrer par le cycle de l’eau. La plupart des techniques sont largement diffusées, mais elles ne serviront leurs objectifs que si elles sont inclues dans un plan global.
 
Quant aux techniques concernant les communautés, il y a là aussi un vaste choix. 
Je citerais le management holistique qui adresse particulièrement bien les questions liés au bétail mais qui permet plus largement d’engager les communautés dans la définition de leur vision puis du plan pour concrétiser cette vision.
Je recommande aux organisations de types ONG qui engagent souvent ces campagnes de se doter elles aussi avant d’agir sur un territoire d’outils de gouvernance coopératifs et inclusifs. On ne saurait transmettre ou attendre d’autres groupes des comportements plus appropriés si on est pas engagé dans une démarche au sein de l’organisation. 
 
 

Conclusions

Les forêts sont certainement les piliers de la survie de l’espèce humaine sur Terre, et bien sûr, au delà de l’espèce humaine, elles sont les garantes des équilibres macroscopiques des cycles naturels. Depuis que l’humain pratique l’agriculture, il n’a eu de cesse de déforester jusqu’à compromettre aujourd’hui ces équilibres à l’échelle de la planète. Reforester est sans aucun doute notre meilleure option pour préserver les conditions environnementales qui nous ont permis de nous développer. Or reforester, c’est loin de se limiter à planter des arbres.

J’espère avec cet article avoir redonné de la profondeur à un geste qui est en train de subir un effet de mode. Planter des arbres, sans trop se soucier du reste c’est comme mettre en prison les délinquants. On n’adresse aucune solution quant aux causes, et donc le problème revient, comme un boomerang.  Aujourd’hui, à mesure que la crise se profile comme inévitable, de plus en plus de personnes veulent agir. Toutes ces bonnes volontés ne peuvent se contenter d’actes symboliques, lorsque nous avons besoin de plans réfléchis pour aujourd’hui et pour demain. La permaculture nous invite à bien nous préparer afin de ne pas avoir à recommencer, à défaire pour refaire, voire aggraver la situation. 

Je lance un appel à vous tous qui voulez agir: ” donnez-vous les moyens, individuellement et collectivement de mener vos actions en pleine conscience, pour nous donner toutes les chances de réussir. Face aux manœuvres destructrices bien rodées, on ne peut qu’opposer une démarche globale bien structurée”. 

A ceux qui veulent partir du bon pied, une occasion vous est donnée:  participez au prochain Cours de Design en Permaculture du 15 au 28 juin.

2 Comments

  1. Petit Pierre-Yves

    Analyse très pertinente, pour ma part j’insisterai sur le management holistique des troupeaux car dans beaucoup de cas c’est là où le bas blesse par sur ou sous pâturage. Si la strate herbaçée est mal gérée alors l’infiltration devient déficiente ce qui nuit à l’implantation des arbres.
    Bonne continuation.

    • Corinne Abbassi
      Corinne Abbassi

      Oui tout à fait Pierre-Yves. J’ai surtout voulu insister sur une logique pour aborder ce type d’intervention. Ici en Tunisie, il y a comme une mode des campagnes de reboisement et alors qu’on en a tant besoin, elles sont menées d’une bien piètre façon, car les personnes s’en tiennent seulement à l’acte de planter des arbres. C’est sûr que dans la majorité des lieux concernés par les campagnes de reboisement il y a du bétail et même s’il n’y en a pas, les brouteurs peuvent en effet être une pierre angulaire de la régénération. L’approche du management holistique est sans aucun doute adaptée. J’espère pouvoir à un moment donné engager une transition sur mon territoire, qui est assez fragile, pour avoir une gestion sensée des ressources du paysage…

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