Principes de design

La méthode de design s’appuie sur des principes qui guident le designer dans son processus créatifs

La seule limite c’est l’imagination

La permaculture permet d’apprécier l’efficacité et la productivité des écosystèmes naturels, par une observation attentive, et d’en dériver des principes directeurs universels pouvant nous aider dans nos actions.

Ces principes varient en fonction des permaculteurs et évoluent avec la compréhension des mécanismes en œuvre dans la nature.

Ils constituent une base qui forme un mode de pensée, une vision et une compréhension du monde que l’on peut avoir à un moment donné et qui accompagne le processus de design tout au long de sa création.

Plus ces principes sont intégrés, plus ils deviennent automatiques et font partie du mode de pensée et d’action. Ils font ainsi partie de notre culture, en nous faisant évoluer vers une « culture » permanente.

Les principes de Bill Mollison

Emplacement relatif

Le design consiste à placer chaque élément d’un système de façon à ce qu’il soit connecté de manière optimale aux autres éléments, c’est à dire là où ses besoins seront comblés et ses productions utilisées.

Prévoir l’efficacité énergétique

Les énergies internes et externes au système doivent être étudiées et gérées efficacement. Par exemple un vent froid venant d’une direction sera stoppé par une haie judicieusement placée. Sur le terrain, on placera les éléments suivant l’attention qu’ils requièrent, comme par exemple un potager au plus près de la maison.

Effet de bordure

Les bordures sont des zones à privilégier, car elles bénéficient des apports des systèmes qui les composent, et  possèdent des caractéristiques singulières supplémentaires.

Travailler avec la nature plutôt que contre elle

La Nature est à l’œuvre depuis des millions d’années et elle a su trouver toutes les solutions pour maintenir la vie. En reconnaissant les patterns universels, nous pouvons augmenter notre efficience. 

Le problème est la solution

Avoir une attitude positive face aux difficultés, c’est déjà une grande partie de la solution. Et c’est se donner la possibilité de considérer les « problèmes » comme des opportunités.

Chaque élément doit remplir plusieurs fonctions

Avec de l’imagination et un placement adéquat, chaque élément d’un système peut avoir une multitudes d’utilisations. Une mare peut servir de récupération et de stockage d’eau, à produire des poissons et des plantes, à stocker la chaleur, à réfléchir la lumière du soleil, à fournir une protection aux canards …

Utilisation de ressources naturelles

Les ressources d’origine industrielle consomment de l’énergie pour leur élaboration ou transport, et peuvent poser des problèmes de pollution. Les ressources naturelles et locales augmentent l’indépendance tout en diminuant la facture écologique et énergétique. On peut par exemple utiliser des animaux à la place des tracteurs, du compost plutôt que des engrais chimique, et plus généralement le soleil à la place des énergies fossiles.

Utilisation et accélération des successions écologiques

La nature tend à complexifié le milieu jusqu’à atteindre un stade climacique où suffisamment d’éléments interconnectés permettent la résilience et la soutenabilité du système. En reproduisant et favorisant ces mécanismes, le designer assure la pérennité de son système.

Chaque fonction est assurée par plusieurs éléments

La redondance est un gage de stabilité du système. Par exemple un chauffage solaire sera doublé d’un chauffage d’appoint comme un poêle de masse.

Circulation d’énergie

La permaculture privilégie le « recyclage » de l’énergie, de l’eau et des nutriments sur le site, pour préserver sa fertilité. Durant chaque cycle, la récupération, le stockage et l’utilisation maximale sont encouragés. Par exemple l’eau sera récupérée en altitude pour pouvoir la conduire par gravitation et l’utiliser dans des endroits en aval.

Polyculture et diversité des espèces

L’équilibre d’un écosystème vient à la fois du nombre et de la diversité de ses éléments et des relations qu’ils entretiennent. Par la polyculture, le système assure plusieurs sources d’aliments ou de revenus.

Faire le plus petit effort pour le plus grand changement

En analysant toutes les fonctions d’un élément, on se rend souvent compte qu’il peut remplir des services qui nous demandait du travail, ou des apports extérieurs. Par exemple, on peu utiliser des animaux élevés pour gérer l’enherbement, au lieu d’acheter une tondeuse.

Les principes de David Holmgren

Extrait de « L’essence de la permaculture« 

Observer et interagir

Observer et interagir

La beauté est dans les yeux de celui qui regarde

Une bonne conception repose sur une relation libre et harmonieuse entre la nature et les gens, et dans laquelle une observation minutieuse et une interaction attentive fournissent l’inspiration, le répertoire des solutions et les motifs géométriques. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut élaborer de façon isolée. C’est au contraire le résultat d’une interaction continue et réciproque avec le sujet.

Le proverbe « La beauté est dans les yeux de celui qui regarde » nous rappelle que le
processus d’observation influence la réalité et que nous devons toujours rester méfiants face
à des vérités et des valeurs présentées comme absolues.

Intercepter et stocker l'énergie

Intercepter et stocker l’énergie

Faites les foins tant qu’il fait beau

Nous devons apprendre à économiser et à réinvestir l’essentiel de cette richesse que nous consommons ou gaspillons afin que nos enfants et leurs descendants puissent mener une vie acceptable. Le fondement éthique de ce principe saurait difficilement être plus clair. Malheureusement, les notions conventionnelles de valeur, de capital, d’investissement et de richesse ne nous sont d’aucune aide dans cette tâche.

Le proverbe « Faites les foins tant qu’il fait beau » nous rappelle que le temps est compté pour la collecte et le stockage de l’énergie avant que l’abondance saisonnière ou passagère se dissipe.

Obtenir une production

Obtenir une production

On ne peut pas travailler l’estomac vide

Ce principe nous rappelle que tout système devrait être conçu pour assurer une autonomie à tous les niveaux (y compris sur le plan personnel), en utilisant efficacement l’énergie collectée et stockée pour arriver à entretenir le système et aussi pour collecter encore plus d’énergie. De manière plus générale, dans la transition de la croissance à la décroissance, la flexibilité et la créativité seront des qualités essentielles pour trouver de nouvelles façons de créer une production.

Une production, un profit ou un revenu agissent comme une récompense qui encourage, qui entretient ou qui reproduit le système qui les a générés.

Appliquer et accepter le feedback

Appliquer l’autorégulation et accepter les rétroactions (feedback)

Les fautes des pères rejailliront sur les enfants jusqu’à la septième génération

Ce principe traite des aspects autorégulateurs de la conception permaculturelle qui permettent de réduire ou décourager la croissance inappropriée et les comportements malvenus. Avec une meilleure compréhension de la façon dont fonctionnent les rétroactions positives et négatives dans la nature, nous pouvons concevoir des systèmes qui sont mieux autorégulés, ce qui réduit le travail induit par de sévères et répétitives actions correctives.

L’hypothèse « Gaia », qui considère la planète comme un système autorégulé, analogue à un organisme vivant, fait de la terre entière une parfaite illustration de ce principe. Les preuves scientifiques de la remarquable homéostasie de la terre pendant plusieurs centaines de millions d’années nous montrent que la terre est l’archétype même du système global autorégulé qui a su à la fois choyer la permanence et stimuler l’évolution des formes de vie et des sous-systèmes qui la constituent.

Utiliser les ressources renouvelables

Utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables

Laissons faire la nature

Les ressources renouvelables sont celles qui peuvent être remplacées et renouvelées par des processus naturels sur des périodes de temps raisonnables, sans apports essentiels non-renouvelables. La conception permaculturelle doit rechercher la meilleure utilisation possible des ressources naturelles renouvelables pour créer une production puis la maintenir, même s’il est parfois nécessaire d’utiliser certaines ressources non-renouvelables pour établir les systèmes au départ.

Le proverbe « Laissons faire la nature » nous rappelle un autre aspect de ce principe : la quête de la maîtrise totale de la nature par l’utilisation des ressources et de la technologie n’est pas seulement coûteuse, elle peut aussi mener à une spirale d’interventions et de dégradations des systèmes et des processus biologiques qui représentent déjà le meilleur équilibre entre productivité et diversité.

Ne pas produire de déchets

Ne pas produire de déchets

Pas de gaspillage, pas de manque. Un point à temps en vaut cent

Ce principe rassemble les valeurs traditionnelles de frugalité et d’entretien des biens
matériels, les préoccupations modernes en matière de pollution, ainsi que le point de vue plus
radical qui considère les déchets comme des ressources et des potentialités. Le ver de terre
illustre bien ce principe car il vit en consommant la litière végétale (déchets) qu’il convertit
en humus, lequel à son tour améliore l’environnement du sol pour lui-même, pour les micro-
organismes du sol et pour les plantes. Ainsi, le ver de terre, comme tous les êtres vivants, fait
partie d’un réseau où les productions des uns sont les matières premières des autres.

Le proverbe « Pas de gaspillage, pas de manque » nous rappelle qu’il est facile de gaspiller
en période d’abondance mais que ce gaspillage peut être à l’origine de privations ultérieures.

Des patterns aux détails

Design des patterns aux détails

C’est l’arbre qui cache la forêt

La similarité des formes qu’on peut observer dans la nature et dans la société permet non seulement de comprendre ce qu’on voit, mais aussi de s’inspirer d’un motif qu’on observe à une certaine échelle et dans un certain
contexte pour la conception d’un système à une autre échelle. La reconnaissance de formes est le résultat de l’application du principe : Observer et interagir ; c’est également le préalable nécessaire au processus de conception permaculturelle.
La toile d’araignée, avec son tracé concentrique et radial, dessine un motif bien visible, même
si les détails varient toujours. Ce symbole évoque la planification en zones et secteurs. C’est la
notion permaculturelle la plus connue et probablement la plus utilisée.

Le proverbe « C’est l’arbre qui cache la forêt » nous rappelle que les détails ont tendance à
brouiller notre perception de la nature du système. Plus nous nous approchons, moins nous
pouvons appréhender le tableau général.

Intégrer plutôt que séparer

Intégrer plutôt que séparer

Plus on est nombreux, moins le travail est dur

Dans tous les aspects de la nature, depuis les mécanismes internes des organismes jusqu’aux écosystèmes complets, nous constatons que les connections entre les éléments sont aussi importantes que les éléments eux-mêmes. Ainsi, « le but d’un système fonctionnel et autorégulé est d’agencer les éléments de façon à ce que chacun d’entre eux réponde aux besoins et utilise les produits des autres éléments ».

La capacité du concepteur à créer des systèmes étroitement intégrés dépend d’une vision d’ensemble du puzzle d’interconnections qui caractérise les communautés écologiques et sociales. En plus d’une conception intentionnelle, nous devons nous attendre à ce que des relations écologiques et sociales réelles se développent grâce à des mécanismes d’auto-organisation et de croissance.
L’image associée pour ce principe peut être un cercle vu de dessus formé par des personnes ou des éléments constituant un système intégré. Le vide apparent au centre représente la partie abstraite du système. Il prend sa source dans l’organisation des éléments tandis que lui-même à son tour leur donne forme et spécificité.

Des solutions lentes et à petite échelle

Utiliser des solutions petites et lentes

Plus on est grand, et plus on tombe de haut. Rien ne sert de courir, il faut partir à point

Pour chaque fonction, les systèmes devraient être conçus à la plus petite échelle qui permet de remplir la fonction tout en étant réalisable et efficace énergétiquement. Pour qu’une société soit humaine, démocratique et durable, c’est l’échelle humaine et les capacités de l’individu qui devraient être le principal étalon de mesure.

Le proverbe « Plus on est grand, plus on tombe de haut » nous rappelle l’un des inconvénients de la démesure et de la croissance excessive. Quant au proverbe « Rien ne sert de courir, il faut partir à point », il fait partie des nombreux dictons qui encouragent la patience tout en exprimant une vérité commune dans la nature et la société.

Utiliser et valoriser la diversité

Utiliser et valoriser la diversité

Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier

C’est la grande diversité de formes, de fonctions et d’interactions au sein de la nature et de l’humanité qui donne naissance à la complexité des systèmes issus de l’évolution. Le rôle et l’importance de la diversité dans la nature, la culture et la permaculture sont eux-mêmes complexes, fluctuants et parfois contradictoires en apparence. Il faut voir la diversité comme le résultat d’un équilibre ou d’une tension dans la nature, entre d’un côté la variété et la
possibilité, et de l’autre côté la productivité et la puissance.

Le proverbe « Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier » traduit l’idée de bon sens
que la diversité nous sert d’assurance contre les aléas de la nature et du quotidien.

 

Valoriser les bordures

Valoriser les bordures

La bonne route n’est pas toujours la plus fréquentée

Ce principe est fondé sur le fait que la valeur et la contribution des interfaces, ainsi que les aspects en bordures, marginaux et invisibles, de tout système doivent non seulement être reconnus et préservés, mais que l’extension des interfaces peut augmenter la productivité et la stabilité du système. Par exemple, élargir la zone d’interface entre un champ et un étang peut augmenter la productivité des deux. On peut considérer les cultures en allées et les haies brise-vent comme des systèmes dans lesquels l’élargissement de la lisière entre le champ et
la forêt a contribué à augmenter la productivité.
Le proverbe « La bonne route n’est pas toujours la plus fréquentée » nous rappelle que les idées les plus communes, évidentes et populaires ne sont pas nécessairement les plus pertinentes ou les plus influentes.

Réagir au changement de façon créative

Utiliser et répondre de manière créative au changement

La vision ne consiste pas à voir les choses comme elles sont, mais comme elles seront

Ce principe a deux facettes : d’un côté concevoir en utilisant le changement de façon volontaire et coopérative, et de l’autre réagir ou s’adapter de manière créative aux changements à grande échelle qu’on ne peut ni contrôler ni influencer. La permaculture concerne la durabilité des systèmes vivants naturels et de la culture humaine, mais paradoxalement cette durabilité dépend en grande partie de la flexibilité et du changement.

Beaucoup d’histoires et de traditions établissent que c’est au sein de la plus grande stabilité que se trouve les graines du changement. La science nous a montré que ce qui est en apparence solide et permanent est, au niveau cellulaire et atomique, une masse effervescente d’énergie et de changement, similaire aux descriptions de certaines traditions spirituelles.

Le proverbe « la vision ne consiste pas à voir les choses comme elles sont, mais comme elles seront » souligne que la compréhension du changement dépasse largement la simple extrapolation de tendances statistiques. Il établit également un lien cyclique entre ce dernier principe de conception (sur le changement) et le premier (qui concernait l’observation).