Permaculture en milieu aride

Les oasis en plein désert étaient précisément organisées pour conserver et valoriser chaque goutte d’eau

Voici quelques techniques de base

Cultures étagées dans les oasis Permaculture Tunisie
Les variétés locales, des semences adaptées aux terroirs
Les swales, une technique d'infiltration et de conservation de l'eau dans le sol
Les cuvettes de culture retiennent mieux l'humidité et les nutriments
Gabions pour accumuler l'eau de pluie et freiner l'érosion
Boomerang en pierre autour de chaque arbre dans un verger en pente en Tunisie

La sélection variétale

Faire des essais de culture dans les conditions du milieux et sélectionner les plants qui ont les meilleurs caractères. Au fil des générations, on obtient des plantes adaptées capables de produire sans intrants ou irrigation excessive.

Privilégier les semences locales et les plantes sauvages comestibles.

 Couverture de sol

Le pied des arbres sur une surface équivalente à la frondaison de l’arbre est idéalement couvert d’une épaisse couche de mulch de 20 à 30 cm. Pour un effet fertilisant on peut alterner couche de compost ou fumier mûr avec déchets carbonés (paille, feuilles mortes, cartons…), en terminant par une couche de paille. Si on craint l’apparition de champignon sur le tronc des arbres, il suffit de laisser un espace entre le tronc et le paillage.

Si on n’a pas la possibilité de couvrir tout l’espace, privilégier la « drip line »: le cercle extérieur sous la frondaison, où l’eau de pluie ruisselle des feuilles et où sous terre, se trouvent une partie des radicelles qui absorbent les nutriments.

Les planches de cultures aussi sont paillées. Un paillage fin (1 à 2 cm) après semis pour ne pas entraver la germination, puis une fois que les plants sont au stade des premières feuilles vraies, on augmente la couche à environ 10 cm, à adapter selon les conditions locales. Les passages entre les planches sont également paillées si possible ou plantées d’un engrais vert qui supporte le piétinement. On peut aussi simplement laisser l’herbe pousser et la faucher lorsqu’elle empêche la bonne circulation.

Entre les rangs d’arbres, on peut soit laisser la végétation spontanée qui abrite souvent les prédateurs des parasites des arbres, soit cultiver un engrais vert qui peut constituer une récolte (fourrage par exemple).

Le sol ne doit jamais être laissé nu, le labour (retournement du sol) est à proscrire.

Cultures en cercle 

Planter les plants en rond permet d’irriguer en même temps tous les plants, d’optimiser l’espace, d’augmenter les interactions. La mini-butte qui délimite le rond, retient l’eau et le mulch et protège les plants.

C’est une technique traditionnelle en Tunisie

Habitat

On peut s’inspirer de l’architecture et des matériaux traditionnels et les améliorer. Les bâtiments doivent être conçus pour récupérer et stocker l’eau de pluie dans des citernes enterrées ou au moins fermées.

Les façades et toitures peuvent être végétalisées pour améliorer le confort thermique. Les cours intérieures devraient être jardinées et comporter au moins un arbre, selon l’exposition et l’espace choisir une essence à feuilles caduques afin de bénéficier du soleil en hiver.

Pour le chauffage, remplacer le « canoun » par un rocket stove qui n’émet aucune fumée toxique et délivre un meilleur rendement de combustion. Pas besoin de charbon, des déchets de taille, ou autres bois récupérés suffisent.

Valoriser l’énergie solaire, pour la production d’électricité ou de chaleur mais aussi pour la cuisson et le séchage d’aliments.

Cultiver en étages

En permaculture, on cultive en étage surtout pour valoriser l’espace dans toutes ses dimensions. En milieu aride, cette stratégie devient vitale pour protéger les cultures basses du soleil ardent et des fortes températures et pour valoriser chaque goutte d’eau. C’est le modèle de l’oasis. La densité des arbres maintient une humidité et des températures acceptables pour une plus grande diversité de plantes.

Haies brise-vent:

Protéger les parcelles du vent est primordial pour éviter le dessèchement ainsi que l’érosion du sol.

Le brise-vent est constitué de plusieurs essences de différentes hauteurs pour un effet optimal. Le brise-vent a plusieurs fonctions et on peut choisir des essences qui produisent des récoltes: grenadiers, bigaradiers, ronces, arbres à noix, figuiers de Barbarie… peuvent s’intégrer dans une haie.

La haie apporte aussi d’autres services écologiques, comme maintenir de la biodiversité, en abritant les auxiliaires et en multipliant les bordures, chères aux permaculteurs.

En général, les cultures protégées du vent sont plus productives.

Cuvettes de culture (sunken beds)

L’humidité est mieux conservée dans les creux, entre des sillons ou billons. En climat aride, mieux vaut éviter de cultiver sur buttes. Les dimensions des cuvettes et des buttes qui les entourent doivent permettre à toute la cuvette d’être maintenue humide.

En condition extrême d’aridité, ou d’impossibilité d’apporter la moindre irrigation, on peut enterrer sous les planches de culture des bâches plastiques. Ces bâches vont empêcher l’eau de percoler en profondeur et la retiennent pour le bénéfice des cultures.

Stocker l’eau de pluie:

Le meilleur réservoir pour l’eau de pluie c’est le sol.

D’une part on réalise des travaux de terrassement pour retenir l’eau dans la parcelle. Selon la pente entre autres, il peut s’agir de faire des terrasses, des baissières et buttes en courbes de niveau, des retenues caulinaires, des gabions… D’autre part on cherche à améliorer la texture du sol. Un sol humifère à une très grande capacité de rétention de l’eau. En favorisant la vie du sol par sa couverture permanente, le sol s’agrade et les besoins en irrigation diminuent.

Les design devraient avoir un objectif de bilan hydrique neutre ou positif. C’est à dire qu’irriguer permet de diversifier les productions et de les étaler sur toute l’année, mais le permaculteur veillera à réintroduire dans le sol au moins la quantité d’eau qu’il a puisé.