Schémas de fonctionnement de la nature (patterns)

Il existe seulement quelques formes de base, qu’elles soient physiques, spatiales ou temporelles, mais les combinaisons possibles entre elles sont infinies

Du bon usage des patterns dépend la qualité du design

Disposition en spirale des feuille de l'aloe
Galets usés par la mer
Poisson rayé, pattern de camouflage
pattern des vagues, ondes

Dans la nature, l’observateur remarque les motifs récurrents avec lesquels le vivant s’organise. Les cycles temporels, les formes, les stratégies, les comportements sociaux participent à perpétuer la vie. Ces schémas se superposent et s’imbriquent les uns dans les autres afin d’optimiser l’utilisation de l’énergie. Les formes naturelles sont les plus pratiques, les plus fonctionnelles et les plus efficaces en termes d’utilisation de l’espace, des matériaux, de l’énergie et du temps.

Pour le permaculteur, l’utilisation de ces motifs et leur compréhension sont importantes car ils constituent le cœur, le moteur, du fonctionnement des systèmes naturels. La compréhension des schémas de fonctionnement de la nature (patterns) nous permet de tirer partie des services écosystémiques pour nos systèmes productifs et ainsi travailler avec la nature, en coopération.

Nul ne peut dire quel est le but de la Vie, ce que nous remarquons c’est qu’elle se perpétue. Les lois naturelles, telles que nous les comprenons aujourd’hui forgent les principes de la permaculture dans le but que nos systèmes nous permettent de nous perpétuer.

Afin de vous aider à prendre conscience de ces schémas, nous commencerons par regarder les schémas complexes des écosystèmes. Ensuite, vous pourrez examiner certaines formes regroupées en agencements spatiaux et temporels… Mais chaque exemple ne peut se comprendre comme un trait unique. Les formes ont des composantes énergétiques, temporelles, sociales et vice versa. La plupart des schémas présentés ci-dessous sont une combinaison de différents schémas de base.

A la fin de cette page, nous vous présentons la symbolique des chiffres, qui sont eux aussi associés à des formes. Ceci nous permet de mieux comprendre les énergies mises en jeu et ainsi de mieux les utiliser.

A mesure que vous aiguisez votre perception de ces schémas, et leurs interconnexions, vous pourrez répondre efficacement et intervenir judicieusement en appliquant le bon motif de façon plus ou moins consciente.

Fonctionnement global des écosystèmes

Quelle que soit l’échelle du système, nous pouvons observer des caractéristiques communes. Afin de perpétuer la Vie, la Nature a mis au point des stratégies complémentaires que les permaculteurs ont repris dans leurs principes de conceptions. La complémentarité, c’est à dire les relations entre chaque chose, est intrinsèque au bon fonctionnement. Souvenez-vous que nous découpons en trait afin de prendre conscience, mais ces schémas  fonctionnent ensemble.

Complexité

Lorsque la vie prend une forme unique, elle est fragile. Car cette forme de vie existe dans certaines conditions. Or les conditions peuvent changer, et la forme de vie disparaître. Se différencier et être capable de s’adapter à de nouvelles conditions est à la base de la soutenabilité, c’est à dire de la capacité de se perpétuer en tant qu’espèce. Aujourd’hui, on appelle ça la résilience. En voyant l’évolution de la vie sous cet angle, nous comprenons que la résilience ne vient pas de la force, de la solidité, mais de la complexité.

Cette complexité atteint un stade maximal, différent dans chaque biome. Ce stade correspond à l’usage le plus efficient à ce moment de l’énergie et des ressources.  Jusqu’à cet état d’équilibre ponctuel à l’échelle des temps géologiques, la Nature règle les problèmes en introduisant plus de formes de vie. De telle sorte que chaque ressource soit utilisée de façon optimale.

Prenons un exemple simplifié: le climat humide et chaud cette année a entrainé l’apparition de parasites des feuilles. La plante pourrait simplement émettre un liquide ou un gaz toxique et tuer ces intrus. Or ce qui se passe, c’est qu’au lieu de considérer ce parasite comme un déchet inutilisable, la nature le considère comme une ressource pour une autre forme de vie, qui elle, sera peut-être aussi utile à la plante. En effet, ces intrus ne sont ni plus ni moins qu’un réservoir de nutriments, les mêmes qui constituent l’arbre, la salade, et nous. Si nous éliminons simplement l’intrus, nous allons simplifier le système et donc revenir à cet état d’extrême vulnérabilité.

Interdépendance et cycles

Cette complexité est organisée en un réseau de connexions. A mesure que les formes de vie évoluent, elles créent de nouveaux milieux et de nouveaux besoins. Ces espace-temps libres sont appelés niches. Par différenciation, c’est à dire en se spécialisant, des formes de vie vont apparaître pour utiliser les nouvelles formes de ressources. La Terre est un espace fini, dont les constituants se trouvent en quantités finies. C’est à dire qu’à notre échelle de temps, la seule chose qu’elle reçoit de l’extérieur, c’est l’énergie solaire. Si les matériaux ne sont pas recyclés, la Vie est en péril.

Revenons au moment où la Vie colonise le milieu terrestre. La photosynthèse existe déjà, car elle valorise le CO2 présent en abondance dans l’atmosphère primitive. Donc nous avons plus de plantes qui consomment plus de CO2, qu’elles stockent un temps court dans leur biomasse sous forme de carbone puis ce carbone est transféré au sol où il est immobilisé et une faible partie est relarguée par la respiration. Une nouvelle ressource est créée dans le sol tandis que cette ressource diminue dans l’atmosphère. C’est par l’accumulation de cette matière organique non recyclée que se sont créées les nappes de pétrole et de charbon.

Mais les plantes ne veulent pas disparaître. Il faut recycler ce carbone afin qu’il soit à nouveau utilisable par les plantes. Ainsi naquit la vie du sol, un système en interdépendance totale avec les plantes. Sa fonction est de recycler la matière organique, et en particulier le carbone, constituant sur lequel repose toute forme de vie sur Terre.

cycle de l'azote

L’nterdépendance, ça veut dire aussi que rien n’est gratuit dans la nature. Les ressources sont échangées en contre partie de services rendus. Les abeilles ne pollinisent pas gratuitement les fleurs: les plantes payent en nutriments le service de pollinisation.

La quantité d’eau sur Terre est restée constante depuis la nuit des temps. Venues des océans, les formes de vie ont besoin d’eau. Et là aussi, le cycle de l’eau s’est complexifié afin de répondre au besoin des formes de vie qui colonisent les continents en s’éloignant des côtes. On connait aujourd’hui le rôle fondamental de la végétation, en particulier des forêts sur le régime des précipitations. Non seulement les forêts envoient des molécules pour faire précipiter l’eau des nuages, mais aussi elles participent à la répartition des précipitations sur les continents. Lorsque les forêts sont continues depuis les côtes jusqu’à l’intérieur des territoires, elles participent « au transport » des nuages, en complément des courants atmosphériques, dus au climat global. Notre approvisionnement en eau potable dépend du bon recyclage de l’eau à partir des océans. Le complexe sol-plante participe en grande partie au recyclage de l’eau et à la constitution des nappes d’eau douce:

  • A mesure que le sol se structure sous l’effet des racines et de la vie du sol, il retient de plus en plus d’eau
  • Les plantes qui couvrent le sol en permanence empêchent le ruissellement

Ainsi l’eau s’infiltre principalement là où elle tombe. Des nappes sousterraines se forment et lorsqu’elles sont pleines, des sources jaillissent.

On voit là aussi que la Nature s’est organisée pour que la ressource en eau soit utilisée au maximum avant de rejoindre l’océan. Sa course est freinée afin de rester disponible le plus longtemps possible pour toutes les formes de vie. Le macro cycle de l’eau est ensuite décliné à l’intérieur de chaque être vivant.

La conséquence indispensable à l’équilibre du fonctionnement en cycle c’est l’absence de déchets ou de gaspillage.  Lorsque un être vivant a fini d’utiliser une ressource, il l’évacue de son système et la ressource, transformée, est utilisée par un autre être vivant. Si une ressource est en surplus, elle crée une niche qui sera occupée par une nouvelle forme de vie.

La multiplication

Comme nous l’avons vu, une forme de vie unique est vulnérable. De la même façon, il est impératif que les fonctions importantes soient assurées de plusieurs façons. Si nous reprenons le cas de l’eau, l’eau potable est disponible dans les nappes souterraines, dans les cours d’eau, dans les lacs, et dans la pluie.

Si nous prenons le recyclage de la matière organique, il y a une foule d’opérateurs parmi la faune et la flore du sol qui assurent cette fonction. Cetains sont les spécialistes des milieux ouverts, d’autres des milieux forestiers, d’autres des milieux aquatiques.. Et dans le cas où la vie du sol est très faible, la fertilité est maintenue par une coopération directe entre certaines espèces de plantes et des bactéries capables de capter l’azote de l’air.

On voit au contraire combien certaines espèces sont vulnérables car elles se sont trop spécialisées, par exemple en ne consommant qu’une sorte de végétaux. Citons les Koalas qui disparaissent en même temps que l’espèce d’eucalyptus qu’ils consomment exclusivement. Ou certaines orchidées dont la polinisation est assurée par un seul insecte. Au moindre déséquilibre du milieu, ces espèces peuvent disparaitre car des fonctions essentielles comme se nourrir ou se reproduire ne sont assurées que par un seul élément.

Effet de lisière et holisme

Au grès des climats locaux et des microclimats, nous observons une mosaïque d’écosystèmes particuliers. Mais dans la nature, 1+1= 3 ou plus. En effet, la juxtaposition de deux milieux en crée un troisième spécifique et plus riche. Ce troisème milieu comporte les espèces de chacun des deux écosystèmes, plus des espèces propres à ces conditions mixtes. Ces lieux sont des sources de biodiversité, donc des « sauvegardes » pour la Vie. C’est pourquoi un autre principe directeur des ecosystèmes est de favoriser les zones de contact. Les lignes droites ne se rencontrent qu’à très petite échelle. Pour le reste, c’est le zigzag qui domine. Un moyen simple pour augmenter les zones de contact sans ocuper plus de surface. Regardez une côte maritime, un cours d’eau, une lisière de forêt… tout serpente!

Le holisme c’est l’idée que le Tout est plus que la somme des parties. Les écosystèmes produisent des choses que seule la combinaison des éléments qui les composent peuvent produire. Par exemple, un arbre seul ne peut réguler les précipitations comme le fait une forêt. C’est aussi l’idée qu’on ne peut expliquer le fonctionnement du système en le disséquant et en analysant ses parties isolément.

Utilisation de ces schémas dans le design:

Ces schémas de fonctionnement donnent les caractéristiques des systèmes permacoles:

  • Systèmes à petite échelle et usages réfléchis des espaces, dans le contexte de la pensée globale. Un système à petite échelle est beaucoup moins risqué et les conséquences d’erreurs sont limitées. De plus, les moyens nécessaires à leur mise en œuvre, leur usage, leur maintenance sont plus faibles. Un petit système crée une dynamique positive tant au niveau environnemental car il augmente l’effet de lisière, qu’au niveau social. Cela ne signifie pas que la permaculture n’est pas une réponse globale. Cela signifie que la réponse globale est une somme de solutions à petite échelle. 
  • Systèmes intensifs plutôt qu’extensifs: utilisation de tout le potentiel des ressources et de l’espace. Ainsi la majorité de l’espace sur Terre reste sauvage. La permaculture visent à concentrer les activités humaines par l’utilisation judicieuse des ressources et de l’espace. C’est ce que nous faisons lorsque nous appliquons le principe « un élément remplit plusieurs fonctions ». Par exemple l’eau de pluie: l’eau tombe sur mon toit, je la collecte pour me laver, puis je l’évacue dans une mare, où elle nourrit plantes et poissons, puis j’arrose mon jardin avec. Dans mon jardin, l’espace va servir à faire pousser des plantes basses, des plantes plus hautes, ainsi que des plantes grimpantes. Par ailleurs, cet espace vert me procure un air de qualité et du bien être, il régule la température de l’air, et me donne l’occasion de m’activer à certains moments, ou au contraire de contempler.
  • Diversités des plantes, habitats, microclimats, récoltes, fonctions et relations fonctionnelles, ainsi que des cultures humaines. Pas de monoculture en permaculture ! Quel que soit notre secteur d’activité, nous veillerons à avoir des sources variées et des produits variés. Nous veillerons aussi à diminuer notre dépendance vis à vis de monopoles.
  • Soutenabilité sur long terme et équité intergénérationnelle. L’usage maximal des ressources ne fait pas référence à la quantité. Il s’agit de valoriser tous les usages, de telle sorte que nous consommons une quantité moindre, dans le respect des cycles. Ainsi, le stock global des ressources reste disponible pour un usage futur.
  • Conservation des variétés locales domestiques (sélectionnées naturellement) et sauvages de plantes et d’animaux. Les variétés locales sont les mieux adaptées au site. Donc elles demanderont moins d’énergies pour fournir une récolte. De plus, chacun peut les reproduire et être ainsi indépendant.
  • Design social: la satisfaction de nos besoins élémentaires est intégrée aux aspects économiques et sociaux, dans une vision holistique pour construire des communautés humaines basées sur la coopération. L’économie est la traduction de nos liens d’interdépendance. Aussi nous voulons des liens variés et nombreux afin que les ressources circulent. Lorsque l’économie est principalement locale , elle dynamise les échanges entre les personnes et soutient les éthiques. Il est en effet plus difficile de continuer à employer des produits toxiques ou des politiques néfastes lorsque ce sont nos voisins ou notre famille qui sont touchés.
  • Adaptable à tout contexte: ces schémas de fonctionnement nous montrent que la logique s’applique partout. Ce sont les formes qui varient. La Vie est par essence source de créativité, les combinaisons des schémas de bases sont infinies.
  • Réduction de notre empreinte écologique. La permaculture interroge les besoins. En identifiant nos vrais besoins, nous éliminons le gaspillage. La croissance infinie est un mythe dangereux, si verte soit elle. En retrouvant de l’autonomie sur la satisfaction de nos besoins, nous soulageons la société. Pas besoin d’infrastructures énormes pour couvrir les besoins de tout le monde sur de vastes territoires. L’acheminement sur de longues distances des denrées ou de l’énergie demandent de gros investissements et occasionnent des pertes conséquentes.

Agencements spatiaux

Ramification, fractales

  • schéma de ramification
    Corail

On compte rarement plus de sept niveaux de ramification (ordres), cinq niveaux est assez commun.

Ce pattern se rencontre fréquemment, dans le vivant ou le minéral. Il permet la distribution à partir d’une source principale vers des parties multiples ou la collecte de sources diverses vers un canal. Il permet également d’augmenter les surfaces d’échanges, tout en les ancrant à un tronc commun. C’est un moyen de couvrir la plus grande surface en parcourant les plus petites distances.

Les plantes l’utilisent abondamment: les ramifications des parties aériennes, des racines, les nervures des feuilles. Ainsi elles peuvent utiliser au mieux l’espace pour capter la lumière, et distribuer efficacement la sève. On peut aussi penser que ce schéma permet de « sauvegarder » l’information, en dupliquant les unités du réseaux.  

On le retrouve en hydrologie: les ruisseaux convergent vers des rivières qui se jettent dans des fleuves qui à leur tour se redivisent dans les deltas avant de retourner à l’océan. Pris dans sa gobalité, cette ensemble forme un schéma en double hache, comme l’abre entier avec ses racines (voir plus bas).

Vous pensez sûrement aussi à nos poumons, ou à notre système vasculaire, ou nerveux. On le trouve aussi dans notre squelette: le tronc se divise en membres comme les jambes et ensuite la division continue au niveau du pied

On pense plus rarement à son utilisation dans les structures sociales, comme dans les rassemblement de population: les individus se rassemblent pour un événement puis se dispersent et ce schéma peut se retrouver aussi dans la catégorie double hache.

Utilisation dans le design: tracé des chemins (un grand chemin principal pouvant servir aux engins qui se ramifie en petits sentiers uniquement pédestres); circuit d’irrigation, organisation d’événement, mind maping…

 

La sphère

  • Pattern de sphère
    Champignon à lamelles

La sphère ou le disque permettent de couvrir le plus de surface/volume avec le minimum de périmètre ou matériaux. Ainsi les pertes de chaleurs sont minimisées, ainsi que la résistance à l’air et aux frottements en général (aérodynamisme).

Les charges sont équitablement réparties, de sorte que les structures arrondies peuvent avoir une grande résistance à la pression, comme pour un œuf, ou un arc en chainette. Les force de contraction est d’expansion sont équilibrées.

Les formes arrondies conviennent particulièrement à la circulation et la conservation de l’eau. C’est d’ailleurs ces formes qu’elle creuse dans les roches des lits des rivières ou qu’elle donne aux galets.

La sphère est associée aux mouvements de rotation, aux cycles: le mouvement des planètes sur elles-mêmes, les ellipses..

Au niveau social, le cercle favorise les échanges équitables et le fonctionnement non hiérarchique. Il confère un sentiment de sécurité, et permet à tous les participants de se voir.

Cas de la roue et des rayons: ce motif apparaît par exemple chez les champignons à lamelle, qui permet d’augmenter l’effet de bordure et d’apporter de la rigidité au cercle.

Cas des cylindres, des colonnes avec ou sans chapiteaux: la forme cylindrique se retrouve dans la nature pour le déplacement de fluides ainsi que pour le support . Par exemple, les vaisseaux sanguins, les voies d’eau, les os des jambes/pattes, les troncs, tiges…

Utilisation dans le design: jardin en trous de serrure, ronds, structures résistantes aux vents (habitat, haies…), parasol, citernes, formes des ouvertures (fenêtres, portes..), chapiteau, trappe à soleil, table/salle de réunions…

 

Le réseau

  • Schéma du réseau
    Cristaux de glace

Le schéma du réseau est utilisé dans la nature pour apporter de la tension et de la résistance aux structures. De plus en partageant des cloisons communes, on économise la matière. Cet agencement permet de valoriser de petites sections de matériaux tout en ayant une grande solidité.

Le réseau sert aussi à filtrer, tamiser, collecter sur de petite surface.

On pense aussi aux réseaux sociaux: connaître les personnes de sa communauté, de son entourage, assure la stabilité des sociétés. On constate que dans les petits ensembles (jusqu’à 2000 personnes selon certains), il y a moins d’incivilités, de violences et de comportements autodestructeurs, car on peut connaitre tout le monde, au moins de vue.

Utilisation dans le design: construction en torchis, structures réciproques (dômes géodésiques, charpente…), tamis, séchoir, bassins en série, plantations en quinconce, en poquet, paddock de pâturage, bocage…

 

Spirales

  • Schéma de spirale
    Cyclone

La spirale s’inscrit au plus profond des êtres vivants, dans la forme de la molécule d’ADN, à l’échelle microscopique. C’est aussi une forme récurente à l’échelle du cosmos. 

Les spirales se rencontrent chez les plantes, chez les animaux et dans les flux. On pense tout de suite aux escargots et leur coquilles. Pour les plantes,  chez certaines espèces les feuilles sont disposées en spirale sur la tige, afin de ne pas se concurrencer pour l’accès à la lumière.

Les spirales sont aussi fréquentes dans les mouvements de masse créant des vortex, comme les tornades, ou les tourbillons. Elles se créent en respectant un rapport faisant passer d’une unité à la suivante, comme la suite de Fibonacci . Les oiseaux utilisent à leur avantage les mouvements de convection de l’air pour se déplacer avec le minimum d’efforts.

On comprend que la spirale est en lien avec l’énergie, dans un mouvement d’expansion/ralentissement ou d’étranglement, de concentration/accélération, en fonction du sens du flux. Elle permet aussi d’augmenter la taille, sans changer la forme, c’est le schéma de croissance. Les spirales remplissent l’espace uniformément, en maximisant l’utilisation des matériaux.

Utilisation dans le design: spirale d’aromatique, circuit de refroidissement ou chauffage (convection), construction en dôme, travaux de crochet, vannerie…

 

La double hache

  • Schéma de la double hache pattern
    Spirale de Von Karman

Le schéma de la double hache est une combinaison de plusieurs schémas de base, dont la symétrie. Il est composé de 3 éléments: un entonoir, un canal et un exutoire, comme pour l’arbre ou le réseau hydrologique. Ces trois éléments nous les retrouvons aussi dans les processus sociaux: foule passant par une porte ou un couloir, brainstorming, formation… L’élément du milieu, le canal, peut également servir d’outil de transformation, comme dans un processus créatif, une formation, ou certains appareils.

Combiné à la spirale, nous obtenons un schéma tridimentionnel, lié au mouvement des fluides ou des masses d’air rencontrant un obstacle. Certaines configurations récurrentes ont été identifiées, comme la spirale Von Karman ou l’overbeckjet.

On retrouve souvent ces formes spiralées dans les fruits et légumes.

La symétrie de ce modèle nou rappelle aussi la dualité de chaque chose, et l’équilibre nécessaire entre les deux aspects. Pour avoir une ramure, l’arbre a besoin de racines. Le tronc sert d’interface de communication et d’échanges: tout est connecté, les parties s’influencent les unes les autres.

Cette notion fondamentale nous inspire depuis la nuit des temps. Le symbole de la double hache s’inscrit dans de nombreuses cultures: le yin et le yang, le symbole de l’infini, le paradis et l’enfer…

 

Agencements temporels

La position de la Terre dans le système solaire est à l’origine de rythmes qui conditionnent le développement et l’évolution de la vie. La rotation de la Terre sur elle-même donne le jour et la nuit, tandis que sa révolution autour du soleil combinée à son inclinaison donne les saisons et les climats.

Sous l’influence de chaque nuance climatique, les êtres vivants, à l’échelle individuelle et de leur espèce, ont développé des stratégies temporelles pour perpétuer la vie.

Le premier de ces rythmes temporels est celui de la naissance et de la mort des individus. Comme vu plus haut, le pattern de la double hache s’applique: c’est la mort des individus, voire d’espèces entières qui permet à la Vie de continuer.

Ainsi durant cette phase de vie des individus, les espèces ont mis en place des rythmes de croissance, de reproduction et de dégénérescence.

Ces rythmes s’accordent avec ceux des saisons, avec les schémas du climat, avec le milieu…

Citons parmi les combinaisons de shémas avec lesquelles les permaculteurs travaillent dans les systèmes nourriciers: la succession écologique.

Succession écologique, Patterns permaculture

 

Lorsqu’un milieu est ouvert c’est à dire quand l’essentiel du rayonnement solaire atteint le sol, le biotope se complexifie progressivement, par différenciation. Les plantes, les animaux et les autres formes de vie se spécialisent en formant un réseau complexe de relations. En fonction des conditions climatiques, ou des interventions humaines, le biotope se stabilise (pour un temps) à un certain stade, appelé climax. Le climax correspond à un stade d’utilisation maximal des ressources permettant le développemet des individus et la pérennité du système, au delà duquel on ne peut le complexifier d’avantage (au risque de mettre en péril la survie de l’ensemble).

A tous les stades de la succession, nous remarquons les schémas suivis par la nature pour atteindre l’efficience. Citons:

  • Utilisation de l’espace dans toutes les dimensions: horizontale, verticale et souterraine.
  • Couverture du sol permanente
  • Cycle végétatif saisonnier et circadien
  • Recyclage des énergies
  • Diversité des fonctions remplies par chaque élément
  • Fonctions assurées par plusieurs éléments

Les biotopes des milieux ouverts sont caractérisés par les plantes basses. Plusieurs stratégies se complètent pour préparer le stade suivant: améliorer la structure du sol, amorcer les cycles des nutriments, de l’eau… En gros, c’est le règne des salades (végétaux « verts » riches en azote), et des graminées (végétaux produisant des pailles et des graines riches en carbone). Le recyclage des nutriments dans le sol est basé principalement sur les bactéries. 

Dans les stades suivants, le milieu se referme plus ou moins, les plantes ligneuses apparaissent, et les champignons complètent l’action bactérienne dans le sol. En étudiant les communautés de plantes à chaque stade, nous comprenons les besoins des plantes que nous voulons cultiver. Car elles sont les parentes — parfois très éloignées à force de sélections– des plantes sauvages.

Utilisation de la succession dans le design:

  • Si on part d’un milieu ouvert, nous pouvons baser notre production de nourriture sur les plantes annuelles: maraichage et céréales. On peut penser que c’est pour maintenir le sol dans un état favorable aux annuelles que le labour s’est généralisé. En comprenant les mécanismes de la prairie, qui est un écosystème stable très productif, nous pouvons cultiver en milieu ouvert sans détruire les sols. Selon le climat et les contraintes, nous pouvons aussi introduire judicieusement des arbres, dans des systèmes d’agroforesterie.
  • Si on part d’un milieu forestier, on peut l’éclaircir en partie pour bénéficier d’une plus grande diversité de sources de nourriture. Les Amérindiens (Mayas) étaient d’impressionnants gestionaires de leurs paysages. Ils ont conçu un système à long terme (cycle de 20 ans), qui va de l’éclaircissement de forêt  pour la culture du maïs en association avec les courges et les haricots (« Milpa ») jusqu’à la refermeture du milieu par l’établissement de forêt nourricière. Pour en savoir plus

utilisiation des patterns permaculture

 

  • Gestion des mauvaises herbes. Prenons en exemple le chiendent

gestion du chiendent en permaculture

Regardons ses fonctions dans l’écosystème à travers ses caractérisques, c’est à dire, quels sont les schémas qu’il utilise. Le chiendent se trouve sur les terrains dégradés, compactés, sensibles à l’érosion, les terres nues, les dunes, les talus… C’est donc un intervenant des premiers stades de succession. Le sol a besoin du chiendent pour se fixer, se protéger et réamorcer les cycles. La mission du chiendent est de recouvrir le sol pour le protéger du vent, de la pluie, du soleil, et de le restructurer. Ses rhizomes aérent le sol, y déposent de la matière organique, et fixent les sols légers ou en pente.

Logiquement, c’est une plante envahissante, qui emploie toutes les stratégies possibles pour survivre et se développer dans les pires conditions:

  • fauché, son rhizome plein de réserves lui permet de repousser
  • vous essayez d’arracher le rhizome, vous n’aurez qu’une partie, sacrifiée afin de préserver suffisamment pour repartir, ses « dents de chiens » retenant les parties importantes dans le sol.
  • Et bien sûr, il se reproduit par graines
  • et il envoie des stolons.

Replacez le chiendent parmi vos alliés, car il travaille pour vous et une fois sa mission accomplie, il laissera la place. J’entends certain-e-s s’offusquer: « mais comment! laisser le chiendent pousser partout??? il va étouffer les cultures, les concurrencer pour l’eau… » Oui, et ce n’est pas parce qu’il n’est plus notre ennemi que nous le laissons faire sans GESTION.

Maintenant que nous comprenons son rôle, il nous suffit de faire disparaitre les conditions qui lui sont propices: améliorer la structure du sol par des apports de compost, par un couvert végétal de notre choix, arrêt du labour systématique…. et parallèlement nous l’affaiblissons par un fauchage régulier, voire un travail au niveau des rhizomes avec la grelinette par exemple.

Autre exemple avec les ronces:

Rythme des saisons

Hormis dans les zones tropicales proches de l’équateur, les plantes poussent selon les saisons. La plupart d’entre elles arrêtent leur croissance pendant l’hiver pour les plantes pérennes ou meurent pour les plantes annuelles. La période de croissance optimale varie selon chaque espèce, mais une combinaison entre chaleur et humidité est demandée.

Dans les climats où les pluies ont lieu pendant la saison froide, un manque d’humidité peut limiter la croissance des plantes pendant la saison sèche et chaude.

Dans les climats où les pluies ont lieu pendant la saison chaude, une grande partie de l’eau est directement évaporée.

De fait, dans ces conditions,  les fruits et légumes ne sont pas produits toute l’année.

Utilisation du rythme des saisons dans le design:

  • Sélection variétale: depuis les débuts de l’agriculture, nous avons poursuivi le but de nous affranchir des déterminismes naturels. Les paysans ont commencé par sélectionner les plantes à cultiver, puis pour chaque espèces, les variétés intéressantes. Les critères principaux des sélections visent à augmenter la durée de disponibilité des denrées.  On sélectionne en premier lieu les variétés les mieux adaptées aux conditions locales, pour garantir une production. Ensuite, on sélectionne des variétés précoces, de saison, et tardives afin d’allonger la période de récolte. On peut aussi sélectionner les variétés de longue conservation. C’est pourquoi les permaculteurs recherchent les variétés locales et paysannes et pourquoi nous nous formons dans la mesure du possible à l’autoproduction de nos semences.
  • Création de microclimats: une autre approche pour augmenter la période disponibilité des denrées est de prolonger les conditions favorables aux cultures. Les techniques sont variées et dépendent des extrêmes climatiques rencontrés.

 

  • Organisation du travail: avec des outils comme le calendrier saisonnier annuel, nous pouvons visualiser les charges de travail et ainsi mettre en oeuvre seulement ce que nous serons capables de maintenir. Les limites pouvant être physique: je ne peux travailler qu’un certain nombre d’heures par jour, avc un certain rendement. Elles peuvent être aussi imposées par la disponibilité des ressources, ou les circuits de commercialisation. Le calendrier nous permet aussi de prendre conscience et mémoriser la phénologie de nos plantes: la période de floraison, de récolte, de chute des feuilles… qui sont des indicateurs précieux pour décider de certaines actions comme la taille, les semis, l’irrigation…
  • Rythme physiologique: notre énergie et celles des autres êtres vivants suivent aussi le rythme des saisons. En nous organisant pour respecter nos rythmes saisonniers, nous sommes plus efficaces. Pour les plantes, il s’agit des montées de sève qui varient selon les saisons et les rythmes cosmiques. L’utilisation d’un calendrier lunaire, la biodynamie nous aident à prendre conscience de ces rythmes afin d’intervenir au bon moment.

 

Signification des chiffres et formes géométriques associées

Extrait adapté de Shneider « A beginner’s guide to constructig the universe »

Schneider décrit les schémas de fonctionnement de la nature comme étant les principesselon lesquels l’univers est conçu. « A toute échelle, les schémas naturels de croissance ou de mouvement reposent sur une ou plusieurs formes géométriques simples. Identifier les formes et schémas et connaitre leurs principes directeurs nous permet de comprendre ce quefait la Nature et comment nous pouvons les appliquer dans les systèmes humains. »

1, le point, le cercle

Le cercle représente à la fois l’expansion uniforme à partir d’un point et le mouvement rotatoire, les cycles. Dans les temps anciens, le cercle représentait le chiffre 1. Le cercle est un point étendu. Les plus petites particules sont des points. L’univers entier provient d’un point. Un point entouré  d’un cercle était le symbole de la lumière chez les Egyptiens, les Chinois ou les Mayas. Le cercle représente la nature cyclique de l’Univers, les orbites, les périodicités, les circulations.

Tous les cycles ont des phases d’apogée et de déclin. Quand une roue tourne, l’extérieur tourne plus vite que l’intérieur, car la distance à parcourir est plus grande. Nous utilisons ce principe dans beaucoup d’appareils afin d’augmenter ou diminuer ou transférer de la puissance mécanique: la roue, les rouages, les vitesses, les courroies….

Lorsque quelque chose bouge plus vite que ce que notre système nerveux peut percevoir, il nous apparait comme entier, plein, solide, immobile, unique comme un son, une odeur, un goût, un objet…

Coopérer avec la nature ne peut se faire qu’avec la conscience du caractère vibratoire cyclique de la nature, et en apprenant comment l’utiliser.

Le cercle exprime la forme géométrique la plus efficace dans laquelle naissent les créations humaines. C’est la forme qui couvre la plus grande surface avec le plus petit périmètre. Un bouclier rond procurait aux guerriers la protection la plus large, tout en ayant nécessité le moins de matériaux, donc le poids le plus faible. (…) . Les rocades facilitent les accès aux centrevilles en minimisant le goudron.

 

2, la dualité, la ligne

Le principe du deux c’est la polarité. La dualité est la base de tout processus créatif. « Tout ce qui sort de l’arbre de la connaissance porte en lui la dualité » dit le Zohar, texte juif mystique. […] Nous le retrouvons dans les rythmes pulsatoires entre deux pôles opposés, au plus près de nous dans le battement du coeur et aussi loin que les quasars qui pulsent aux confins de l’univers. La polarité, l’équilibre, l’harmonie, l’unité, sont les bases de toute science. La caractéristique fondamentale de la dualité est l’existence d’une paire d’opposés distincts et équivalents cherchant à s’unifier pour retrouver l’unité.

3, la trinité, le triangle

Le triangle confère la force, l’équilibre, et l’efficience de l’usage de l’espace, des énergies et des matériaux. Trois est le nombre de la transformation, de la renaissance et du succès.

Les Sumériens avait trois nombres: un, deux et beaucoup, comme bien d’autres cultures anciennes. Karman identifie dans son analyse transactionnelle le triangle relationnel: victime- sauveur-persécuteur comme un outil de compréhension des tensions au sein des familles. En identifiant la position occupée dans la relation, on peut travailler pour s’en écarter et ainsi résoudre les problèmes avec des solutions où tout le monde est gagnant.

Le triangle est la forme possédant la plus petite surface pour le plus grand périmètre. Le triangle est le seul polygone dont la solidité repose entièrement sur sa forme. Il possède des propriétés synergétiques, dans le sens où sa stabilité et sa force supérieure ne dépendent en aucun cas de la solidité de ses composants, qui pris à part ne possèdent pas ces qualités. Au plus une structure possède de triangles au plus elle pourra supporter de poids.

Le triangle muni d’un fil à plomb est l’un des plus ancien et plus efficace niveau jamais conçu. La forme pyramidale des épines des rosiers, ou des dents de requin est ce qui leur donne leur mordant si puissant. On utilise le triangle pour concevoir avec force, équilibre, efficience, des structures imposantes, ou symboliques.

4, le quartet, le carré

Le principe fondamental du quartet est la profondeur: trois points définissent une surface plane, tandis qu’avec un quatrième point nous obtenons un volume. Le quatre est le principe de l’espace tridimensionnel. Il représente les quatre états de la matière dans la pensée classique occidentale et dans la perception du monde des Peuples Natifs des Amériques: la terre, l’eau, l’air, le feu.

 

5, le pentacle, la spirale

Le cinq symbolise le principe de la régénération. La symétrie du pentagone est le symbole suprême de la vie. La quintessence de la nature englobe et diffuse dans les quatre élements la vie qu’ils ne peuvent créer par eux-mêmes. Le rôle de la spirale dans la nature est la transformation. Toute « chose » n’est que procesus et flux d’énergie.

6, l’hexagone

L’hexagone représente la force puisque c’est un double triangle. Le six constitue la capacité maximale des matériaux, du travail et du temps, en utilisant des lignes droites qui se rapprochent de la perfection du cercle.

Une ruche pèse environ 600 grammes de cire mais peut porter 3 fois son poids. Dans les poumons humains, les alvéoles sont de forme hexagonale.

7, l’heptaèdre

Ce chiffre représente l’incommensurable. Le sept est mystique, presque du domaine de l’ inconnu. Il représente un processus achevé mais toujous en cours, un rythme périodique de relations internes. Traditionnellement, tous les sept ans on laissait les terres en jachère, les dettes étaient essuyées et les esclaves libérés. Dans les traditions monothéistes, le septième jour de la semaine est un jour de repos. La game de sept notes incarne la face cachée des schémas macrocosmiques, l’univers étant régis par les lois mathématiques de l’harmonie musicale.

On compte sept nuances dans le spectre de la lumière visible (les couleurs de l’arc en ciel). Il y a aussi les sept chakras.

8, l’octogone

Le huit représente la structure interne. […] La table périodique des éléments comporte 8 groupes d’éléments. Un octave contient huit touche blanches sur un piano, et constitue la structure fondamentale de la musique occidentale.

9

Le neuf est la naissance d’un nouvel ensemble. Le neuf est le plus grand des chiffres. […] La forme enroulée du neuf semble s’associer avec la naissance. Le X est constitué d’un arrangement de neuf points. Dans cet arrangement réside le secret de la construction du labyrinthe mythique.