La fin justifie-t-elle les moyens ? Éthiques du financement en permaculture

Acacia for All encore?

Non je ne fais pas une fixation sur Acacias for All, je vous rassure. Mais c’est ça d’être sous le feu des projecteurs, on est observé sous toutes les coutures. Alors je vais me servir de cet exemple visible pour illustrer mon questionnement. Malheureusement, les exemples ne manquent pas et j’aurais pu parler de bien d’autres Entreprises Sociales et Solidaires…

Je viens de regarder cette vidéo de John D Liu et j’ai eu envie de signer tout de suite pour rejoindre sa coopérative.

Je me reconnais pleinement dans cette attitude responsable et proactive. Et puis surtout on n’est pas biaisé par la question du financement-pas-toujours-en-accord-avec-les-éthiques de la permaculture, voire complètement incohérent.

Entrepreneuriat social et solidaire, mais solidaire avec qui?

Alors Acacias for All est une Entreprise Sociale et Solidaire avec les femmes rurales de Tunisie, mais pas seulement. Elle est aussi solidaire du système qui a fait naître les conditions précaires de ces femmes rurales. C’est mon analyse.

En effet, je me demande comment aider durablement ces femmes, si les projets mis en place sont financés par ceux là mêmes qui  détruisent  le monde par ailleurs ? Car les programmes RSE – comprenez Responsabilités Sociales et Environnementales – et autres bourses n’empêchent nullement les grosses firmes de continuer à polluer, exploiter, désintégrer les gens et les environnements. Je rigole jaune quand je vois la Fondation Bill Gates financer des projets de l’Entrepreneuriat social… Et je ne trouve pas ça glorieux d’être classée parmi les meilleurs entrepreneurs dans un journal emblème du capitalisme néolibéral quand on fait soit disant de l’économie sociale et solidaire. On ne me fera pas croire que Forbes milite pour un nouvel ordre mondial non capitaliste, son credo c’est l’argent roi.

Où sont les limites?

Bon, après c’est sûr on ne peut pas tout changer d’un coup. On fait des compromis, mais où est la limite entre compromis et compromission ?

Selon moi la limite est franchie quand on organise un Cours de Design en Permaculture (PDC) avec l’argent des bâtards. Car oui, on reste un bâtard quand on exploite à tour de bras, même si on donne des miettes aux pauvres pour faire bonne figure. Sérieux, un PDC financé par Rolex et par la France s’engage au Sud ??? Mais apparemment aucun des participants ne s’est posé de questions sur le financement du Cours auquel ils ont participé, tellement éblouis sans doute par le prix bas, accessible à tous (oui il faut bien se rassurer comme on peut).

La belle époque, pas révolue j’espère

Je me souviens du PDC que j’ai passé en 2010 avec Bernard Alonso et j’espère que ce n’est pas une autre époque. La question du financement du Cours a été abordée avec transparence. La part du salaire de Bernard ne devait pas représenter plus du tiers des dépenses/recettes du cours. Un autre tiers représentait les frais d’organisation. Et le dernier retournait au lieu, mettant ainsi en œuvre les principes et éthiques de la permaculture. Pour n’en citer que quelques-uns : le partage équitable des ressources, un système permaculturel génère l’abondance et crée plus qu’il ne consomme, un élément plusieurs fonctions.. Là on est cohérent, on pratique ce qu’on dit aux autres de pratiquer… Alors sûrement dans les faits les PDC de Bernard Alonso n’ont peut-être pas toujours respecté exactement le ratio, mais l’intention est là et c’est déjà mieux que ce que propose beaucoup de formateurs en permaculture.

La force de l’exemplarité   Faites ce que je dis pas ce que je fais

Je ne pense pas me tromper en affirmant que le Cours organisé par Acacia for All est loin de ce ratio, ni même qu’il ait été question d’éthique dans le financement. Et qu’est-ce qu’il reste à Bir Salah, le lieu où s’est déroulé le cours ? Un tas de compost. Waow. Alors oui, une vingtaine de personnes ont eu leur certificat et peuvent s’appeler Designer en permaculture. Cependant je me demande bien ce qui a pu être compris quand le premier contact concret avec la permaculture – le cours lui-même – n’applique pas les principes qu’il cherche à inculquer.

Les solutions, c’est pas ce qui manque

Financer nos projets et nos actions de façon éthique et cohérente, c’est possible. Il s’agit d’être responsable, de se prendre en main et d’être créatif. Qui plus est, aujourd’hui d’autres ont ouvert la voie, et on peut trouver des idées inspirantes pour que l’argent soit une solution et non un problème.

Inutile de se corrompre avec les solutions alléchantes. Ne soyez pas comme ces mouches attirées par la bonne odeur de la plante carnivore. Dans la nature, le gratuit n’existe pas, ce qui semble être gratuit est souvent un piège. Les commerciaux le savent bien, ils vous attirent dans le magasin avec une belle promotion et vous repartez avec un caddie rempli de choses que vous n’étiez pas venu acheter.

Alors la prochaine fois que vous vous dites que les cours de permaculture sont trop chers, ou qu’ils devraient être gratuits carrément, ou que les légumes sont chers, la grelinette fabriquée par un artisan local est chère…. Regardez-y de plus près : c’est le prix des vraies vies, celles dont nous rêvons pour nous-mêmes, mais que nous ne voulons pas entretenir pour les autres.

Corinne Abbassi

One Comment

  • Andrew Williams Répondre

    J’adore, !! Ceux qui crient que les tariffs sont trops chers sont les premiers a vouloir que les cotisations des entrepreneurs restent élevés pour financer leur « droits ». L’ironie regne encore, mais ca change…heureasement.

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