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1 million qui dit mieux ?

jardin forêt l'ombre du palmier Tunisie

Les campagnent fleurissent

Les campagnes fleurissent, c’est le printemps! Non, pas les champs de coquelicots, je parle des campagnes de reboisement. En ce printemps, c’est à qui fera le plus gros chiffre. Et oui le score, c’est important, ça fait bien comme titre d’une publication Facebook, sortez vos pouces en l’air! Ouais c’est super, tout le monde plante des arbres c’est merveilleux, fini le désert, fini le changement climatique. 

20 000 arbres en 1 mois par ci, 1 million en 1 an par là, et hors de nos frontières la surenchère va jusqu’au milliard! Oui mesdames et messieurs, j’ai bien dit un MILLIARD, alors qui dit mieux? 

La compète, y a que ça qui motive

Et oui apparemment, pour motiver les troupes, rien ne vaut une bonne compétition, une belle carotte. Faire du chiffre, pour faire les gros titres, le buzz, pour se donner bonne conscience, pour avoir des subventions, pour faire des rapports…. Et après? 

La caravane passe…

La Tunisie n’en est pas à sa 1ere mode de la reforestation. Le désert ne date pas d’aujourd’hui, et la vague écolo du dimanche a déjà été surfée plusieurs fois. Pourtant, le désert est toujours là et comme disait la chanson, il avance, et les arbres reculent. 

Disque rayé

Tout ça me donne l’impression d’un mauvais tube qui tourne en boucle sur le refrain entraînant. Cette époque du fast, du tout tout de suite nous bloque sur quelques mesures de la partition. Comme si le refrain suffisait à faire la chanson. Et c’est comme ça que 30 ans plus tard, des pins qui devraient élancer leur houppe à plusieurs mètres au dessus du sol demeurent chétifs pour les survivants. Que des zones reboisées, commençant tout juste à rendre les “services écologiques” pour lesquels on les a plantées, sont pillées par les populations pour faire du charbon, ou du fourrage, ou des cultures… Mais c’est pas grave, on va recommencer, on a qu’à poser le patch de la bonne vieille campagne de reboisement et le tour est joué. On pourra continuer à pomper les ressources naturelles, à polluer de tous les côtés, ça fera autant de situations problématiques pour lesquelles les Nations Unies, les gouvernements, les fondations de tous horizons se feront un plaisir de subventionner de nouvelles campagnes. Et bien sûr on oubliera pas de mettre une photo tellement émouvante d’un ours polaire rabougri sur son cube de banquise fondue pour toucher la corde sensible des gentils bénévoles, qui seront tellement fier d’avoir fait partie de la solution, d’avoir fait leur part. 

Escroquerie intellectuelle

Comme dirait notre collègue Algérien Karim Tedjani, on est bien en face de puissants escrologues. Et c’est bien à cette escrologie que j’adresse mes critiques, à ce système qui fait croire que les petits gestes citoyens, oui ceux des gens bien, qui coupe l’eau quand ils se douchent et qui mettent le plastique avec le plastique dans la poubelle jaune, et qui vont planter des arbres le dimanche, que ces gestes sont durables et sont la solution. Ce qui revient à dire que tout est de la faute des gens pas bien, qui jettent leur emballage à la plage, qui achètent des plats tout prêts à mettre au micro-onde, qui trient pas, qui prennent des bains et qui regardent le foot le dimanche au lieu d’aller planter des arbres! 

Réveillez-vous!

Vous, qui plantez avec la meilleure volonté des pins sur une colline dégradée ou des eucalyptus dans le désert, vous qui ramassez les ordures sur les plages et qui n’oubliez pas de vous mettre en scène pour le rapport obligatoire sur les “réseaux sociaux”, réveillez-vous! On se sert de vous car vos enfants, dans 30 ans ne trouveront pas une Tunisie verte couverte de forêt, tout comme vous n’avez pas trouvé cette Tunisie mirage malgré les campagnes à l’échelle nationale des années 70/80. 

Des arbres oui, mais pas seulement

Le reboisement durable, c’est pas juste le moment festif et beau sur les photos de la plantation. Aujourd’hui on a justement le recul de ces précédentes campagnes vaines, et on a aussi des exemples qui ont porté leur fruit dans la durée. On peut donc voir pourquoi ça échoue et pourquoi ça marche. 

Prenons le temps. Le temps d’observer, d’analyser, de planifier, de mettre en oeuvre, de faire des bilans puis d’observer, de réajuster le plan… Bref, appliquons un design permaculturel, une démarche holistique qui regarde tous les aspects, pour les concilier, les faire travailler ensemble.  

Un million d’arbres plantés photos à l’appui, ça sert à rien si la démarche n’est pas intégrée et inclusive. Des arbres poussant dans un écosystème mâture plantés dans un écosystème dégradé, c’est comme donner une pomme à croquer à un bébé. 

Les gens sentent bien qu’il faut faire quelque chose et alors il le font dans l’urgence et la précipitation, la confusion. Oui c’est vrai qu’il y a urgence à agir, seulement, si on ne prend pas le temps de bien faire, on ne fait que bâtir des châteaux de sable. 

L’enjeu est trop important. Toutes ces bonnes volontés, on en a besoin! Les voir abusées dans ces fausses bonnes actions me fend le cœur. 

Passé ce “coup de gueule” contre l’écologie émotive, qui réagit à chaud, et qui malgré elle fait le jeu du greenwashing, je vous donne rendez-vous dans un prochain article pour parler reboisement durable, permaculture à grande échelle.

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